Soigner pour éviter les maux

ou bien « soi-nier »  pour éviter des mots ??





Ce chapitre - étant très long et important -  bénéficie d'un index !

1. La réalité quotidienne des « soignants » professionnels

1. Les attaques de la pensée

2. Le soignant confronté au vieillard

1. L'inconnu de la vieillesse, source d'angoisse
2.  L'inversion des rôles

le conflit intra-psychique
le mode d'expression de l'agressivité chez le soignant

3. La culpabilité inavouable

3. La mort omniprésente

4. Le manque de temps et le vécu d'abandon

5. Le « burn out »

2. La souffrance des familles

1. Bouleversement d'ordre familial

2. Vivre le pré-deuil

3. Les relations avec l'Institution

4. L'agressivité des familles




 La souffrance des soignants


Tous les intervenants (professionnels ou non), auprès des personnes âgées sont des gens qui prennent soin, donc des soignants. Nous avons vu précédemment que le travail parmi les personnes âgées peut être générateur de tension, de stress par le renvoi d'image.

Pour le dictionnaire Robert, le stress est un effort intense de tension, réponse de l'organisme aux facteurs d'agressions physiologique et psychologique, ainsi qu'aux émotions agréables ou désagréables qui nécessitent une adaptation.

En fait le terme de stress est une notion générale qui regroupe simultanément, l'agression psychosensorielle et les réactions globales de l'organisme à cette agression. Il y a réaction immédiate, primaire, et réactions secondaires, voire même tertiaires au stress immédiat.

Le stress est une action brutale sur un organe ; il s'agit donc d'une réaction, partie des zones les plus primaires du tronc cérébral, qui va ensuite envahir l'ensemble de l'individu.

Face à cette situation, un nouveau rapport de forces se constitue entre soi et celle-ci.





Comment devrait-on négocier au mieux le stress ?

Il faudrait être capable d'analyser la situation, de ne pas la subir, de dépasser le stade de stress-lésion, chacun analysant et réagissant ensuite à sa façon et avec toute sa personnalité.

En pratique, en présence d'une situation stressante, cette analyse est fort difficile : l'individu est rapidement débordé par la vague d'agressions, et le bilan qu'il fait est une réaction inadéquate et partant de là, il montre une plus grande vulnérabilité.

Le stress est nocif et doit être combattu.
Indépendamment de ses effets somatiques et psychologiques sur la victime elle-même, le stress est à combattre, car il est générateur d'inefficacité et de mauvaise rentabilité - par les effets psychosomatiques et la souffrance qu'il provoque dans une équipe.



Souffrir, d'après le Petit Larousse, c'est « supporter quelque chose de pénible, être tourmenté par, être endommagé par, avoir mal à... »

La souffrance est la résonance affective et morale de la douleur

dans la conscience de celui qui l'éprouve.



Elle peut être supportée, affrontée, subie ou voulue (même recherchée). L'idée de souffrance, à la différence de celle de la douleur appelle la présence de l'autre et comporte une demande.


La souffrance morale est souvent décrite avec une métaphore physique qui s'accompagne souvent d'un véritable ressenti physique (j'ai le cœur brisé, la gorge serrée, j'ai un poids...)




1. La réalité quotidienne des « soignants » professionnels



1. Les attaques de la pensée



  • Il existe un décalage entre l'idéal soignant, c'est-à-dire l'idée que l'on peut se faire de sa mission ou de sa profession, et les réalités de la pratique gériatrique en institution.

L'idéal thérapeutique est quelque chose d'exigeant, et la pratique gériatrique va prendre en défaut de façon permanente l'image d'un soignant idéal pour renvoyer à une image de mauvais soignant.



La faculté de penser va être malmenée par suite de plusieurs phénomènes :

- La multitude d'interventions pour informations des collaborateurs lorsqu'on est dans un service, en situation de soins (relationnels, infirmier, médical ou de confort...), d'où le risque de faire beaucoup de choses pour les personnes âgées sans avoir le temps de les faire avec !

- Ensuite, il y a la multitude des demandes des personnes âgées, qui s'ajoutent les unes aux autres, au fur et à mesure des déplacements dans le service, et qui désorientent le soignant et lui donne le risque d'être confus.

Les personnes vont appeler, tendre la main, faire des demandes urgentes de tous ordres, demandes souvent pathétiques de relations, toujours insatiables et auxquelles il faut dire non pour accomplir le travail quotidien. C'est extrêmement désorientant et culpabilisant, et mène rapidement à la confusion.

Cela contribue à désorganiser la pensée du soignant et à le rendre amnésique.


En maison de retraite, il faut se contenter de prendre soin et non pas de soigner pour guérir, au sens habituel du terme.





  • La nature même de la douleur des soignants face aux personnes âgées est double.
- Il s'agit tout d'abord du fait d'être confronté à l'inconnu de la vieillesse, à l'étrangeté de ces personnes ; en effet, il est impossible de connaître la réalité de leur "éprouvé", puisque c'est la seule étape de la vie dont les soignants n'ont pas encore expérimenté la réalité !

Les soignés obligent les soignants à regarder en face et à accepter les limites les plus réelles, c'est-à-dire celles du savoir sur cette ultime étape de la vie et la limite de la vie elle-même, la mort.


- En second lieu, il faut les soigner, malgré l'irréversibilité du processus de vieillesse et l'évidence plus ou moins apparente de sa fin.

La tâche est alors réduite
- à donner du confort,
- gérer la relation et
- accompagner
ceux qui sont marqués du sceau de la mort.

Le soignant a l'impression d'une forme d'interdiction de soigner (c'est-à dire de guérir) et ressent une incapacité à répondre devant l'immensité de la demande relationnelle, qualitativement et quantitativement.

Alors, il souffre....







2. Le soignant confronté au vieillard


1. L'inconnu de la vieillesse, source d'angoisse


- L'âge des soignés,
- la dépendance physique,
- la dépendance mentale étendue ou irréversible,
- la certitude de la mort
sont les repères qui permettent de dessiner en nous une représentation, une image interne, de ceux et celles dont nous prenons soin.


Cette représentation, à la fois floue et menaçante, suscite en nous une angoisse réelle, une peur et une agressivité, compréhensibles mais inhibitrices et démobilisantes ; notre manque de savoir sur ces vivants âgés et notre trop savoir que nous imposent ces morts en sursis sont la plus grande part de notre souffrance.


La vieillesse est la seule étape de la vie dont nous n'avons pas encore expérimenté la réalité :

- Comment vit-on dans un corps devenu très vieux ?
- Est-ce que nous savons ce que ressent ce corps âgé, soumis au ralentissement et au retrécissement de ses capacités sensorielles, gestuelles, motrices...
- Vivre dans l'isolement ou dans la solitude affective, est-ce vivre ou survivre ??
- Qu'en est-il de notre connaissance de la vie mentale du sujet âgé ?
- Quels sont les besoins, le désir, la demande qui nourrissent le goût de vivre ?
- Peut-on supporter la disparition de l'épouse ou du conjoint, l'éloignement de ses enfants, la mort de l'un d'eux ?
- Comment cicatrise-t-on après un déménagement ou une institutionnalisation, cette rupture sans retour avec son lieu ?



Nous ne savons pas davantage ce que ressentent tous ceux qui nous quittent mentalement et qui progressivement glissent hors du monde où nous vivons, pour se réfugier dans leur monde, leur passé...


Cet effilochement de la mémoire qui génère l'agonie lente du sujet souffrant, la démence, représente bien l'inconnue magistrale qui nous laisse en proie à l'impuissance et au désarroi.







2.  L'inversion des rôles


  •  le conflit intra-psychique

Cette image du soigné est en soi un traumatisme car elle ne correspond pas généralement  au vieillard idéal tel qu'on se plaît à le concevoir, noble et beau vieillard, tel qu'on aimerait avoir pour parent, ou tel qu'on aimerait être plus tard.


Nos soignés - surtout les déficients - sont rarement acceptables comme un analogue parental ou une projection de soi dans l'avenir et peuvent nous inspirer de l'agressivité qui sera inévitablement suivie de culpabilité du fait de l'idéal soignant.


Au contact du vieillard se développe l'équivalent d'une relation parent-enfant : la situation thérapeutique va introduire une inversion des rôles, doublée du renversement absolu du rapport de forces.

Cela nous renvoie aux souvenirs enfouis de notre petite enfance avec des désirs de revanche par rapports aux frustrations encaissées alors...

Inconsciemment, le désir ou la peur du désir de faire mal au patient âgé va poindre avec l'agressivité et la culpabilité conjointes.




Le seul rempart possible à l'agressivité du soignant sont les valeurs plus ou moins exigeantes qu'il aura pu intérioriser.

La montée des pulsions agressives ne sera contenable que grâce à un conflit intra-psychique chez le professionnel, mais qui dit conflit intra-psychique, dit production plus ou moins intense d'angoisse ou encore selon la structure psychique de l'interessé, la survenue par exemple, de troubles psychosomatiques.



Il convient de rappeler que toute relation soignant-soigné n'est pas exempte, spécialement en gériatrie, de tentations sadomasochistes.

Les fantasmes sadiques ne sont pas non plus aisés à admettre et à gérer psychologiquement, en situation de soins, compte-tenu de la large délégation de pouvoir et de responsabilité du soignant et du climat, propre à générer l'angoisse, de la gériatrie.



Nous verrons plus loin le rôle que peut jouer la formation pour apaiser et changer la situation.

Le soignant (professionnel ou familial) dispose alors d'un fil directeur et peut constituer des méthodes de résolution des choix les mieux adaptés possibles à la situation dans laquelle il se trouve.






  •  le mode d'expression de l'agressivité chez le soignant

Lorsqu'elle se manifeste, l'agressivité des soignants utilise deux registres de la communication :

- au niveau du langage : sous prétexte de surdité fréquente chez le vieillard, le soignant aura tendance à élever le ton, voire à crier, à s'exprimer de façon méchante ou moqueuse, dans un non respect parfois infantilisant, en employant le tutoiement à mauvais escient. Dans ce contexte, le vocabulaire ne sera pas approprié au destinataire.

- au niveau mimo-gestuel : se situe ici tout ce qui engage le corps du soignant dans une relation répondant aux besoins primordiaux de la personne âgée :
- mouvements brusques lors de manipulations,
- façon de mettre le couvert, de servir le repas ou de donner à manger,
- contention physique ou médicamenteuse...




 

3. La culpabilité inavouable


Les soignants ont des difficultés à être cohérents, à penser, à garder la  tête froide quand ils sont en situation de soins, alors que dès qu'ils quittent l'Institution, cela va mieux. Pourquoi ??

L'inversion des rôles difficile à supporter - analogie parentale, le modèle de vieillissement engendrent dépit et agressivité, involontaires et impensables, réprimés dans un conflit névrotique, très souvent producteur de symptômes somatiques.

Cela entraîne une dépense d'énergie énorme, de l'angoisse et une culpabilité inavouable.



Les soignants sont inclus, sans le vouloir, dans un processus de deuil et de souffrance : ils sont dans la nécessité de prendre les choses comme elles sont, et non pas comme ils les souhaitent !

Se contenter de croire qu'en le voulant, les choses iront de soi, c'est prendre de gros risques de souffrances.


Lorsque la vie personnelle du soignant n'est pas suffisamment ressourçante, ou si à l'extérieur de l'établissement il vit une situation difficile, on observe une fragilisation psychologique et physique, somatique, du soignant.

Aussi, assumer une crise professionnelle, plus une crise familiale, c'est prendre des risques : le soignant craque lors du décès d'une personne âgée.

L'élaboration du travail de deuil, mis en place dans l'institution, est nécessaire pour le bon fonctionnement mental des intervenants.







3. La mort omniprésente


L'image de mort est omniprésente dans les services de gériatrie,
inscrite sur le visage de chaque patient,
que le soignant en ait conscience ou non,
qu'il la nie ou qu'il la refoule,
il est confronté auprès de chaque lit à une relation à trois,
dans laquelle taire le nom du troisième ne résout rien
et escamoter les cadavres, non plus...

Professeur PLOTON


La mort est toujours présente par le fait même que les postulants aux établissements gériatriques attendent la libération des places occupées pour pouvoir être à leur tour des morts en puissance !

Le postulant est amené très vite à occuper le lit d'un mort. C'est le principe de la couchette chaude...


Ce dernier point est en train de changer, heureusement (!) parce que l'on trouve plus de places vacantes dans les institutions.

Cela permet qu'un lit ne soit pas immédiatement rempli et qu'un deuil puisse être élaboré, et c'est une bénédiction pour le mental des intervenants ainsi que des résidents - sans parler du compagnon de chambre qui n'a pas non plus le temps de faire le deuil de son compagnon d'infortune... même si ce n'est pas une bénédiction pour les livres de comptes des gestionnaires !





Ces dernières décennies ont été marquées par une prise de conscience des manques profonds, vécus aux niveaux individuel et collectif, dans tout ce qui touche la fin de vie.

La fin de vie recouvre une réalité très vaste, dont les limites sont marquées par une idée de rupture.



La fin de vie telle que nous la définissons en gériatrie, c'est le cumul - souvent irréversible -  de pertes graves, marquant un seuil au delà duquel la personne âgée éprouve de plus en plus de difficultés à s'approprier son devenir.

Les conséquences seraient de deux ordres :

- la marginalisation et
- la médicalisation !!

en quelque sorte, il y aurait un type d'existence que l'on pourrait appeler vie et nous changerions de statut dans certaines circonstances, en passant du statut de vivant à part entière à celui d'hors la vie ou mourant ...








4. Le manque de temps et le vécu d'abandon



Il y a, dans les institutions et dans le fonctionnement psychique des soignants, une difficulté à disposer de :

- un temps pour la vie  (la vie à part entière qui serait réinvestie telle quelle)
- un temps pour la mort (déni) et
- un temps pour le deuil (travail de deuil).


Le manque de temps (lequel ?) est constamment invoqué dans les services pour éviter des changements de méthode de travail et rappelé de façon compulsive à tout initiateur de "nouveautés" !


Comme en miroir du vécu d'abandon des personnes âgées, les soignants gériatriques expriment un vécu d'abandon, tout aussi douloureux, jusqu'à prendre des allures de persécution.


Le sentiment d'être oublié est un aspect central de la vie gériatrique ; le vécu d'abandon existe chez le patient, et il se retrouve en miroir chez le soignant. Cela prend des allures de persécution (forme de dépression) car les soignants sont confrontés à des données relationnelles traumatisantes avec évacuation du sens.








5. Le « burn out »

Toutes les personnes - professionnels ou non, salariés ou bénévoles - qui s'engagent dans une action sociale, courent un risque d'usure dont on a longtemps voulu ignorer l'existence.

Le burn-out est un état d'épuisement physique et mental et émotionnel. Il se  manifeste par une fatigue chronique, un épuisement physique, par un sentiment de découragement et une attitude d'isolement ainsi que le développement d'attitudes négatives vis à vis du travail, de la vie et des autres...


Cet état est le résultat d'un engagement intense, pendant une longue période, dans des situations émotionnellement exigeantes, situations très fréquentes dans la relation d'aide sociale.
On observe une grande fragilisation psychologique, physique et somatique du soignant, si sa vie personnelle n'est pas assez ressourçante ou bien s'il vit à l'extérieur une situation difficile.

la perte de l'idéal soignant projette le personnel soignant dans un temps indéfini où les tâches répétitives deviennent monotones et la chronicité du handicap de la vieillesse accroît la charge émotionnelle : le risque de régression qui demande des forces supplémentaires, l'angoisse de la mort...





Les manifestations de la dépression sont faites de comportements défensifs tels que :

- dénigrement du travail, découragement ou fuite dans le refus de s'impliquer, absentéisme ou maladie...
- ou bien inversement, rigidification des actions, sur-investissement, sentiment de toute puissance professionnemme conduisant à prendre des risques, allongement indefini du temps de travail sans gain de productivité...



Si l'épuisemement et l'usure ne sont pas évitables dans le "métier du soignant" - celui que prend soin, qu'il soit un professionnel ou un membre de la famille - il existe cependant deux remèdes qui peuvent en réduire la gravité et en repousser l'échéance : ce sont les soutiens et les formations que nous aborderons plus loin !







Lorsque dans une institution, on soigne (soins médicaux) une personne âgée, on ne soigne qu'un aspect du problème.

On passe à côté de l'autre moitié du problème, à savoir la situation de crise que sa maladie et sa mort possible suscitent dans son environnement, dans son entourage, dans son milieu naturel, dans sa famille.

C'est cette crise-là qu'il faut savoir reconnaître, respecter et prendre en charge parce que

si nous la mettons à la porte, elle reviendra par le fenêtre,
elle reviendra par tous les interstices et tous les masques, y compris les plus agressifs...
Professeur PLOTON






                                  
Tous les soignants et spécialement l'encadrement des maisons de retraite, sont confrontés
- à l'ignorance ou
- au déni des situations de crises.

Cette situation de crise est unique pour chaque personne hébergée et soignée...


Le problème à résoudre est donc celui d'une dynamique familiale...
Autant de résidents, autant de familles....


Les proches de la personne hébergée ont besoin d'un accueil, d'une écoute, d'une reconnaissance de sa souffrance par ceux qui s'occupent de son parent.


La limite de cette action est le statut professionnel des soignants et il ne leur est pas demandé d'aller au delà de cet accueil, de cette écoute, de cette reconnaissance...


Au-delà, ce serait faire face à une prise en charge relationnelle, avec tout ce que cela implique de formation au soutien psychothérapique et ...spirituel, à la fois des personnes et des groupes.













2. La souffrance des familles




1. Bouleversement d'ordre familial



La maladie grave, le handicap physique ou mental, l'institutionnalisation font naître dans la cellule familiale une crise d'autant plus insolite que beaucoup d'adultes - et a fortiori les plus jeunes - n'ont jamais abordé la mort de près.

Cette inexpérience est source d'angoisse, comme si la nouveauté en elle-même aggravait ou faisait naître une souffrance.


Renée SEBAG-DELANOÉ écrit dans son dernier livre « Soigner le grand âge»


Chaque vieillard nous arrive avec sa famille :
chaque famille porte en elle son stock de plaies vives qui vont se rouvrir à l'occasion de cette crise que représentent souvent
la maladie, la dépendance, l'institutionnalisation et la disparition de ce vieillard
et l'on voit ressurgir tout à coup toutes sortes de souffrances anciennes,
qui datent même parfois de l'enfance
et qui se réactivent aujourd'hui
dans le cœur de ces hommes et de ces femmes d'âge déjà mûr.







Cette crise va bouleverser le fonctionnement normal d'une famille.

La communication va devoir se réorganiser : un membre devient le centre, du fait de sa maladie ou de sa vieillesse.
La communication familiale va devenir centripète vers la personne, qui, elle, communiquera de façon centrifuge, ou... ne communiquera pas : cela peut être source de souffrance.

Le temps et les rôles vont devoir se réorganiser.

Il y a modification de la vie émotionnelle.

L'engagement d'un membre de la famille auprès du malade ou de la personne âgée peut donner aux autres membres l'impression d'être négligée, de ne plus compter : les relations se tendent et si les mots manquent pour en parler, des coupures s'installent, profondes et douloureuses.

Il y a aussi des attitudes contradictoires chez les membres d'une même famille, allant de l'attitude fusionnelle pour l'un à la fuite pour l'autre...

Cela provoque des tensions et de la souffrance dans le groupe familial.









2. Vivre le pré-deuil



En premier lieu, c'est la perte de l'image de la personne telle qu'on l'a connue et l'acceptation de ce qu'elle ne sera jamais plus : la personne âgée est frappée, par exemple, d'une infirmité, d'une dégradation physique irrémédiable ou d'un amoindrissement de ses facultés mentales.

Une partie de celui que nous aimons est en quelque sorte mort, et il nous faut faire le deuil et le travail de deuil, vis-à-vis de cette partie perdue, parce que la perte est irrémédiable.



En second lieu, c'est le deuil d'un avenir commun : c'est la deuxième partie du pré-deuil. C'est le deuil de tous les projets...


Le travail du pré-deuil est douloureux et difficile à faire parce qu'il ne doit pas anticiper la mort du patient !







3. Les relations avec l'Institution



De vieilles traditions héritées probablement des nécessités de l'hygiène avaient exclu les familles de l'hôpital, des institutions ; les hospices recevaient les isolés, sans famille...

Les proches d'un malade ou d'une personne âgée sont encore souvent négligés aujourd'hui, dans la prise en compte des projets de soins (ou du soin).




Le premier risque à l'entrée est de passer à côté de la souffrance des familles.

L'entrevue demandée par la famille dépasse largement la demande de renseignements.
Elle attend d'être accueillie, prise en compte comme groupe familial, de pouvoir exprimer sa souffrance ou ses préoccupations.


Il s'agira donc pour le soignant - au sens large de celui qui prend soin -
          d'accueillir cette famille
de la découvrir
de connaître son histoire et ses habitudes...

C'est parce qu'elle a une histoire que cette famille a besoin de faire des recommandations ; mais en contre partie, elle a aussi besoin de savoir tout ce qui concerne l'institution, son rythme et son fonctionnement... les personnes à rencontrer.



L'inquiétude et la culpabilité, le sentiment d'impuissance et l'attitude de révolte qu'entraîne parfois une institutionnalisation de la personne âgée chez les membres de sa famille, sont souvent atténués, ou complètement transformés, en faisant des familles des partenaires de soins (c'est-à-dire de la prise en charge du soin).



Il est fondamental que la famille ne se sente pas satellisée,
mise en orbite ou  à distance, mais qu'au contraire,
qu'elle se sente toujours partenaire ;
participer au soin est
une source de réconfort dans la souffrance exprimée que ressentent les familles.

Professeur SCHAERRER






4. L'agressivité des familles



  • Il y a souvent dans l'institution, conflits de rôle avec les familles. Pourquoi ?

Les familles se situent dans la sphère de l'intimité des personnes âgées, tandis que le personnel soignant se trouve dans la dimension sociale.

Les soignants, du fait des soins corporels et de relations quotidiennes ont le sentiment symétrique : ils se situent eux-mêmes dans la sphère intime et renvoient la famille à la dimension sociale... et ils ressentent une profonde frustration à n'être qu'un intervenant « à façon » destiné à faire ce que la famille ne parvient plus à faire !


Quelle que soit la demande, quel que soit l'appel du client âgé, le soignant doit savoir rester à sa place de professionnel, c'est-à-dire de prestataire de services.








  •  L'impuissance et la culpabilité que les familles ressentent sont généralement projetées sur la personne âgée elle-même et les soignants.


- La souffrance d'une famille peut se manifester par

- une attitude défensive
- une attitude agressive et violente,
- une attitude de refus.

Ces trois attitudes peuvent être le terrain d'une profonde souffrance qu'il faut apprendre à reconnaître.




- Il y a là aussi une souffrance
pour le soignant qui ne sait pas

comment faire,
comment s'adapter

et exige une formation personnelle pour faire face à la

violence verbale,
violence morale ou
violence quelque fois physique

des familles.







  • Les familles totalement absentes de l'institution ont une conduite d'évitement de la souffrance.
La culpabilité est énorme et renvoie aux vœux œdipiens de disparition silencieuse.

Les rôles familiaux, de fait, seront répartis et incarnés par les soignants qui seront impliqués émotionnellement. Il faut mettre en mots dans l'équipe !







  • Les familles ayant une attitude de « réparation » attendent tout de l'institution.
Mais tôt ou tard, la famille sera déçue et la déception sera à la mesure de l'idéalisation...

- Un accueil d'écoute,
- une remise à la juste place dans le respect,
- un accompagnement pour « faire » et non pas«  faire à la place de.. .»  
seront adéquats.









  • Les familles hyperprésentes - ce sont les parents de leurs parents - montrent souvent une attitude de déni de la vie psychique de la personne âgée, en parlant d'elle devant elle !
- Associer la personne pour avoir son avis,
- Mettre des distances entre la famille et les soignants par une relation professionnelle, chaleureuse mais sans "copinage",
permet de rester dans l'équilibre.





Enfin, il y a un besoin que beaucoup de familles rencontrent, notamment celles qui ont longtemps accompagné leur parent âgé dans la même institution, c'est de pouvoir revenir voir les soignants après le décès.

Des relations ont été tissées, les soignants ont été les témoins des dernières paroles, des derniers moments et c'est pourquoi les familles éprouvent le besoin de reparler du défunt.

Elles en ont besoin dans le travail de deuil, justement pour se distancer par rapport à ce décès.



Il parait indispensable pour le moins d'offrir la possibilité d'un rendez-vous. Cette possibilité - quand elle est offerte, est souvent saisie, sous le prétexte d'un don ou d'une question à poser, mais la démarche a des mobiles beaucoup plus profonds et témoigne du besoin des familles de continuer à être prises en compte.










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Deborah-Esther LIEBER



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